AFGC
Le Pont Vieux de Millau
Histoire du pont (Base Mérimée)
On ne connaît pas la date exacte de sa construction ; on sait seulement qu’en avril 1156, le comte de Barcelone, Raymond IV prince d’Aragon et son neveu le comte de Millau, Raymond Béranger, accordent l’exemption de tous les droits de péage « tant à Millau que sur le pont » au monastère de Sylvanès et à ses religieux (Cartulaire de l’abbaye de Sylvanès). Il forme alors un des rares points de franchissement du Tarn et fait de Millau une plaque tournante dans le système routier méridional, et un point de péage, entre le Languedoc et le Massif Central.
Le pont est ensuite mentionné en 1262 dans une enquête dressée sur ordre du roi d’Aragon et concernant ses droits. Le pont est alors probablement fortifié et équipé de tours défensives aujourd’hui disparues. En 1351, une crue du Tarn, l’endommage et quelques années plus tard, en 1393, le moulin bâti sur la deuxième arche, s’écroule. Le pont est ensuite réparé en 1412 et le moulin deux ans plus tard. Il faut ensuite attendre 1437 pour que la chaussée soit réparée et 1476 pour qu’un maçon vienne réparer une des tours («en grand péril») et la couronner de mâchicoulis.
Dans une enquête de 1532 commandée par François Ier, le pont vieux est décrit comme endommagé par les crues successives. En effet, deux de ses trois tours sont inhabitables, et «une tour qu’est en mitant dudit pont que s’en va tomber si n’est la réparation que l’on y fait». De même, deux arches ont disparu sur les dix-sept qu’elle comptait à l’origine qui nécessitent de grosses réparations «car s’en vont tomber que n’y aist remède .» A cette enquête fait suite, le 2 septembre 1539, une visite d’experts. Elle est mandatée par la Sénéchaussée du Rouergue et accomplie en particulier devant le Juge Mage, Antoine Ferrandier, et le juge royal de Millau, Jean Cavalier. Il n’est plus fait mention alors que de deux tours crénelées défendues par des canonnières, d’une maison bâtie en son milieu et d’un moulin à farine.
Le 8 janvier 1758, sous la poussée des eaux, deux arches ont cédé, la septième et huitième en partant de la rive droite rendant tout passage impossible. Début 1769, d’autres petites arches du Pont Vieux, à son extrémité, de l’autre côté du Tarn, vers la Terre Noire sont emportées. En 1780, six arches du pont étaient encore debout. Les crues suivantes de février 1808, mars 1812 (neuf mètres) furent fatales au pont. Il reste aujourd’hui deux arches.
Il a été restauré par la ville de Millau :
- En 2015, des travaux de restauration du pont vieuxs sont menés prioritairement sur les parties basses du pont, avant-becs et piles, puis ce sont les parties hautes et notamment le tablier .
- En 2017, c’est la rénovation du moulin sur le Pont Vieux.
Description du pont :
Le Pont Vieux était, disent les actes anciens : « très beau fort et inexpugnable ». Bâti en pierre, son tablier en forme de dos d’âne peu prononcé comptait 17 arches en plein cintre d’inégale ouverture qui allait en s’abaissant à mesure qu’on avançait vers les pentes du Larzac, il aboutissait non loin de la Maladrerie.
Les huit premières franchissant le lit ordinaire du cours d’eau variaient entre 11 et 15 mètres d’ouverture. Les autres décroissaient ensuite rapidement, comme largeur et comme hauteur, pour se raccorder, au moyen d’une chaussée en remblai de terre, avec les terrains de la rive gauche.
Dieudonné Rey nous donne de plus amples précisions : « La longueur totale du pont était de 218 mètres. La largeur de 4 mètres. Celle des piles, de 8 m. 40 dans le sens du cours de la rivière et dans l’autre sens, de 4 m.60. Les avant-becs formaient une saillie de 3m.40, ce qui donnait presque un triangle équilatéral. Les arrière-becs étaient rectangulaires, avec 0m.80 de saillie, formant gare d’évitement, fort utile à raison de la faible largeur du passage » (Le pont vieux de Millau, 1923).
Il était défendu côté Millau par trois tours sur les trois premières piles d’une hauteur avoisinant 9 mètres ; l’une d’elles abritait à partir du XIVe siècle, un moulin à farine à deux meules. Les grandes tours étaient à « créneaulx et canonnières » ; en temps de guerre, on y mettait des soldats en garnison et les portes y étaient fermées. Seule la seconde tour était habitable et accueillait le percepteur des péages. Une croix était fixée à la sixième pile, sur l’avant-bec amont. A sa sortie, du côté de Creissels, étaient placées les fourches patibulaires où l’exécuteur des hautes œuvres pendait les condamnés à mort. Un pilier de maçonnerie avec ses chaînes de fer, situé au débouché du pont, et qui a subsisté tout le moyen âge portait le nom de pilier d’Huc Olivier (Lo pilar d’en huc Olevier).
Le pont actuel mesure environ une trentaine de mètres de long et a une largeur entre parapets de 3,90 m et de 7,50 m à l’endroit des refuges à la point de l’avant-bec. Il comporte deux arches d’environ 10 m d’ouverture.
L’ensemble du pont est érigé en pierres de taille et en moellons de calcaire et de tufs issus de carrière locale. Chaque pile comporte un avant-bec en saillie de 3,40 m et de forme triangulaire renforcé contre les chocs d’objets flottants par des pièces métalliques, et un arrière-bec de forme rectangulaire d’épaisseur 0,80 m.
Le péage :
Lieu de passage stratégique depuis l’antiquité, le Pont Vieux a créé de nombreuses tensions entre les vicomtes de Creyssels et les consuls de Millau, jusqu’à un accord passé en 1339. Il a été selon toute vraisemblance bâti au moyen d’impositions sur les habitants. En compensation, et comme l’atteste le titre de 1156, des droits de péage étaient prélevés au profit des Vicomtes de Millau et de leurs successeurs.
Le moulin :
Le premier moulin adossé au pont est mentionné en 1371 et est appelé moulin du Roi ou du pont Vieux. Emporté par des crues du Tarn en 1393 et 1414, il est reconstruit sur le massif attenant à la seconde pile du pont et sert alors de moulin à farine et de moulin drapier. En 1656, la ville appauvrie cède son moulin à Jean-Antoine de Tauriac. Sa famille le conserve jusqu’à la révolution. Son propriétaire Philippe-Louis Gaspard de Tauriac émigre et en 1795 le moulin est vendu comme bien national à Fulcrand Fabréguettes. En 1863, le moulin est revendu à Jacques Sorro qui le modifie en remplaçant les poutres de bois par des poutres de fer sur lesquelles reposent des voûtes. Le moulin revient à la fabrication de farine avec une augmentation du nombre de meules et de moteurs hydrauliques. En 1883, le moulin étend son activité au broyage des écorces pour les ateliers de tannage des peaux qui se sont fortement développés à Millau et se met aussi au traitement des peaux et des étoffes (chamois et foulons).
En 1910, une importante modification conduit à remplacer les anciennes meules par des machines modernes. En 1937, l’activité cesse et le moulin est revendu à la ville qui y installe le musée et l’Association des Peintres et Sculpteurs Millavois. Le massif accolé à la pile et qui support le moulin est une structure creuse de 10 m de hauteur comportant plusieurs planchers et abritant diverses machines dont les roues hydrauliques.
Le Pont est classé Monument Historique depuis le 23/01/1934 et le moulin est inscrit au titre des Monuments Historiques depuis 2016.
Pour en savoir plus :